Homélie du frère Eric de Clermont Tonnerre, op – Samedi 14 juillet 2018 – Chevilly Larue

Evangile selon saint Jean 13, 1-17

Toujours commencer par les pieds, non pas les mains et la tête, comme le suggère Simon-Pierre. Non, les pieds.

La liturgie de ce samedi nous proposait un Evangile dans lequel Jésus parle des cheveux de notre tête qui sont comptés. Mais vous avez préféré les pieds à la tête. Pourquoi les pieds ?

Laver les pieds de quelqu’un, une tâche humiliante. Un maître de maison aurait proposé à ses invités, à leur arrivée, de l’eau pour se laver les pieds. Mais il n’aurait pas eu l’idée de leur laver lui-même les pieds.

Or Jésus fait ce geste. Jésus, sachant que le Père avait tout remis entre ses mains… tout, c’est-à-dire tout, tout remis entre ses mains. Tout, c’est-à-dire tout son pouvoir !

Il se lève de la table qu’il préside. Il quitte son vêtement d’autorité et de pouvoir. Il prend le linge du serviteur. Il se met à laver les pieds de ses disciples.

Il l’avait dit : « le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir… »

Mais ils disent tous cela à un moment ou à un autre, tous ceux qui ont le pouvoir ou qui le cherchent : tous, les rois, les présidents, les chefs, les évêques, les prêtres. Ils le disent tous !

Et le fait de le dire dédouane de tout effort pour apprendre ce que veut dire le vrai service : pour apprendre à écouter, pour apprendre à rendre des comptes, pour apprendre à se retirer au bon moment.

Et c’est là que se joue la différence. Ils disent tous la même chose : exercer le pouvoir c’est servir. Un seul a ajouté : « et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

Le geste du lavement des pieds signifie bien plus que le service. Le don de sa vie.

Voilà pourquoi il est si lié à cet autre geste : ceci est mon corps livré pour vous, prenez et mangez-en tous. Ceci est mon sang versé pour vous et pour la multitude.

Prenez et buvez.

Il y a dans ces gestes eucharistiques toute un « philosophie » du gouvernement et du don de soi.

Il prend

Il bénit

Il rompt

Il donne

Il dit

Il prend comme on prend sa vie en main ; comme on prend résolument la route de Jérusalem, puis comme on prend des décisions parfois difficiles.

Il bénit, comme on fait tout pour le bien et non pour maudire ou punir, mais pour faire vivre.

Il rompt, il partage, comme on partage son temps, ses forces, pour tous, les bons et les méchants, les justes et les injustes.

Il donne, il se donne, car la vie est don, reçu, offert.

La révolution du lavement des pieds s’exprime aussi en ceci qu’il faut comprendre.

Non pas d’abord la tête, mais les pieds cela veut dire

Non pas d’abord le temple, mais la vie quotidienne

Non pas d’abord les gestes du culte, mais les gestes d’amitié, de service et de charité

Non pas d’abord le clergé mais les fidèles

Il est venu inaugurer le Royaume non pour régner pour les hommes, non pour se faire vénérer, mais pour régner avec eux, avec les petits, les pauvres et sans l’intermédiaire d’une catégorie à part de grands prêtres ou de maîtres.

Il est l’Unique Seigneur, Maitre, Prêtre, Prophète, Roi,

Et nous sommes tous frères, ses frères et sœurs, cohéritiers, c’est-à-dire, co-bénéficiaires de ses grâces, de ses bienfaits, de son salut.

Co-responsable de sa miséricorde, de sa parole, du geste de l’Eucharistie, du sens du lavement des pieds. Voilà pourquoi il fallait qu’il commence par les pieds

Enfin, ce geste montre pour moi tout l’amour du Christ.

Il guéri, il libère, il sauve mais sans retenir, sans insister, sans s’imposer. Il lave les pieds pour que ses disciples se mettent sur leurs pieds et célèbrent la Pâque les sandales aux pieds, le bâton à la main.

Jésus n’a jamais prétendu que tout dépendait de lui. Il donnait à chacun non pas tant ce qui lui appartenait, et que n’auraient pas eu les hommes, comme s’il était l’unique source de richesse humaine.

Il donnait à chacun selon ce qui était son être, sa personne, sa dignité, ses capacités.

Il est le sauveur, mais sans cesse il affirme : c’est toi qui compte, ta foi, ton amour.