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Dominicaine aujourd’hui

« Notre vie apostolique appartient à la nature même de notre vie religieuse. Nous préparons le Royaume de Dieu en travaillant à l’éducation sous toutes ses formes : jeunesse, formation permanente, promotion et libération humaines, selon les conditions sociales et culturelles où nous nous trouvons. »
(Extraits des Constitutions de la Congrégation)

Comme pour Saint Dominique, le regard sur le monde qui nous entoure nous presse de proclamer la Parole de Dieu et de poser des gestes significatifs qui contribuent à faire advenir le Royaume aujourd’hui.

- Rendre possible l’éveil à la foi par un travail préalable de promotion humaine.

- Exercer le ministère de la prédication, la catéchèse, l’enseignement des jeunes et des adultes, la présence dans les media.

- Vivre une solidarité concrète qui se traduit en action avec les pauvres et les exclus, dans la ligne de l’option pour la justice, la paix et la sauvegarde de la création.

- Témoigner de l’évangile dans nos vies personnelles et communautaires.

- Chaque jour, là où nous sommes, porter cette mission dans la prière.

 

QUI EST SAINT DOMINIQUE ?

Saint Dominique, l’homme aux semelles de vent

Une méditation du fr Laurent Tarrel op

Église_Saint-Dominique_(Paris)_3L’homme aux semelles de vent : bien que cette expression fut employée par Verlaine à propos de son ami Arthur Rimbaud, c’est de notre frère Élie-Pascal Épinoux († 2008) que je l’entendis pour la première fois, pendant mon noviciat, à propos de saint Dominique… J’ai compris, depuis, combien cette expression sied à notre père et fondateur !

Lorsqu’on prononce le nom de François d’Assise, personne n’est surpris et même chacun, allant puiser dans sa mémoire le souvenir d’une lecture ou d’une peinture, d’une visite ou d’un pèlerinage, chacun peut dire quelque trait qui caractérise le saint, connu surtout pour avoir embrassé toute sa vie sœur pauvreté. En revanche, prononcer le nom de Dominique de Guzman, c’est provoquer au mieux une réaction vive, puisque c’est bien lui le fondateur de l’Inquisition… Non ? Sinon un haussement d’épaules, signe de l’ignorance de l’auditeur.

Mais qui donc est Dominique, le père des Prêcheurs ?

Cet Espagnol, grand et beau, à l’allure digne et droite, au visage rayonnant et coloré par le soleil de sa Castille natale, est un homme du Moyen Âge, un homme qui se consacra à Dieu et à son prochain avec un zèle particulier et un élan remarquable. Né vers 1170 dans le petit bourg de Caleruega, que l’on peut encore visiter aujourd’hui et où se dresse un majestueux couvent, Dominique prit très tôt la route pour aller se former, à Palencia, afin de devenir prêtre. Vers l’âge de 26 ans, il entra au chapitre d’Osma. En 1203, il accompagnait son évêque, Diègue, dans une mission royale (en vue d’organiser un mariage) dans le nord de l’Europe. Pour effectuer ce voyage long et difficile, Diègue et Dominique devaient passer par la région du Toulousain. C’est là qu’ils découvrirent l’hérésie cathare qui attirait, par sa radicalité, un grand nombre de fidèles dans ses rangs.
Au même moment, l’Église connaissait une crise importante, due notamment à un clergé qui se désintéressait du Peuple de Dieu et au mode de vie de beaucoup de religieux se préoccupant davantage de leurs biens que de ceux de la prière et du Ciel. Dès lors, Dominique eut au coeur le désir de ramener au bercail toutes les brebis égarées en choisissant un mode de vie s’inspirant de celui de la première communauté chrétienne (cf. Actes des Apôtres 2, 42-47). Nous pourrions ici continuer l’histoire de Dominique, mais il convient, afin de nous attacher à décrire le cœur de l’homme de Dieu, de renvoyer à la littérature qui détaille avec soin cette histoire : Marie-Humbert Vicaire, Histoire de saint Dominique – L’humanisme universel ; Georges Bernanos, saint Dominique*.

Dominique, homme de prière…

Reprenons donc afin de tracer une esquisse de ce qui remplissait le coeur de cet homme. Il consacrait ses nuits à Dieu… Il puisait-là, devant le Crucifix, les forces de l’Apôtre. Il communiait à la vie du Seigneur Jésus, faisant siennes ses paroles. À genoux, debout, ou totalement prostré, Dominique cherchait le visage du Christ auquel il désirait ressembler sans cesse davantage. Sa prière cherchait ainsi le Dieu qui seul peut mettre au coeur des hommes le désir du Salut pour tous les hommes.

Dominique, homme de miséricorde et de compassion…

Il consacrait ses jours au prochain… Sa prière se poursuivait : « Mon Dieu, ma miséricorde, que vont devenir les pécheurs ? », pour devenir une attention constante à ceux dont il croisait la route, ses frères. Brûlait ainsi en son coeur la « flamme apostolique ». Le saint homme recherchait en tout à transmettre le fruit de sa contemplation à ceux qui ignoraient encore le Christ. Il brûlait du désir pour le Salut des pécheurs, et son zèle le poussait à ne jamais se reposer pour cette œuvre que Dieu lui avait confiée. Il était un témoin vivant de la miséricorde de Dieu et « tout le monde l’aimait puisqu’il aimait tout le monde ». Tous ceux qui l’approchait et sur lesquels pesaient de nombreux maux « s’en revenaient consolés ». Dominique avait eu ce souci dans le coeur dès ces jeunes années. Il ne pouvait étudier alors que « des hommes mourraient de faim » !

Dominique, homme d’Église…

Lorsque son zèle et son mode de vie commencèrent à toucher le coeur de ces femmes cathares qui, se convertissant, allaient devenir les premières moniales, puis celui de ces hommes qui allaient s’attacher à lui, il eut au coeur le désir de fonder une communauté. Il le fit en soumettant son projet au Pape, en soumettant sa volonté à celle de Dieu qui se manifeste dans l’Église. Il allait ainsi fonder l’ordre des Prêcheurs, en fondant la première communauté de moniales à Prouilhe en 1207, puis les frères au printemps 1215. Dominique aimait l’Église et il souhaitait que tous ses frères et sœurs apprennent à « étudier sans relâche et à mourir pour la foi ». C’est ainsi qu’à la suite de Dominique, ils pouvaient trouver la force de leur prédication, au cœur de l’Église.

Dominique, homme des chemins…

Comme beaucoup de ses contemporains le saint homme voyageait à pied. Dominique a parcouru l’Europe, de l’Espagne à l’Italie, en passant par la France et la Dacie (actuel Danemark). Il cherchait à semer dans les cœurs, partout où il passait, la Parole de Dieu contenue dans l’Évangile. Il fondait et visitait les communautés de frères et de sœurs pour les encourager à vivre selon la règle de la première communauté chrétienne. En 1217, alors que le nombre de frères est encore très faible, il décide de les disperser en les envoyant dans les grandes villes universitaires d’Europe (Paris, Bologne, Rome et en Espagne) afin de fonder des couvents et de se former à la science théologique. En route avec ses compagnons, souvent fatigués et parfois quelque peu découragés, il les exhortait et les invitait à reprendre des forces en méditant la Passion de Jésus. « Pensons à notre Sauveur », les encourageait-il.

Dominique, l’homme aux semelles de vent…

Le saint, durant toute se vie, a survolé son siècle par une vie consacrée à propager la Parole de son Maître, à se donner pour aider au Salut de ses frères, à courir le vieux continent pour y répandre la bonne odeur du Christ par une vie droite, belle et bonne. Dominique était un homme joyeux malgré les pénitences très dures qu’il s’imposait sans toutefois jamais les imposer aux autres. Cette joie se manifestait en tout temps ; et notamment lorsqu’il pleuvait par le chant de l’Ave Maris Stella, et du Veni Creator Spiritus. Un jour, deux brigands ayant conçu le dessein de l’assassiner alors qu’il cheminait entre Prouilhe et Fanjeaux, se cachaient derrière quelque buisson, attendant pour réaliser leur méfait. Lui chantait comme à son habitude ; la beauté du chant et la joie qui se manifestait ainsi firent renoncer les deux hommes qui se convertirent aussitôt. Demeure aujourd’hui encore le souvenir de cet épisode marqué par la croix dite du Sicaire. Dominique était animé par l’amour de Dieu et du prochain, poussé par l’Esprit-Saint qui faisait de sa vie un vivant témoignage de la joie qui, déjà en ce monde, anime les bienheureux.

Dominique poursuivit sa course jusqu’au bout…

Il rendit son âme à Dieu, épuisé, ayant ainsi tout donné à son Seigneur et à son prochain, le 6 août 1221 à Bologne. Il avait souhaité reposé « sous les pieds de ses frères », leur promettant, en rendant son dernier souffle, de leur être plus utile au Ciel que sur terre. Son corps est ainsi vénéré en l’église du couvent des dominicains de Bologne. Il fut canonisé en 1234.

Saint Dominique, père des Prêcheurs, n’a rien laissé en ce monde d’autre que le témoignage d’un grand prédicateur de l’Évangile du salut et son Ordre… Il manifesta ainsi sa grande humilité. L’ordre des Prêcheurs est une grande famille dont les membres cherchent à poursuivre le dessein de leur fondateur, à la suite du Christ. Frères et moniales sont organiquement liés les uns aux autres, avec les sœurs apostoliques et les laïcs dominicains, ils forment une grande couronne entourant le monde pour semer la Parole dans le cœur de ceux à qui ils sont envoyés…

*Toutes les citations proviennent des ouvrages du P. M.-H. Vicaire, o.p. rassemblant l’ensemble des textes du XIIIe siècle : Saint Dominique et ses frères, Évangile ou croisade ?, Éditions du Cerf, Paris 1965, et Saint Dominique, la vie apostolique, Éditions du Cerf, Paris 1965.

Fr Laurent Tarel op

Source : www.op.org

Saint Dominique, l’homme aux semelles de vent

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Une méditation du fr Laurent Tarrel op
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Saint Dominique, l’homme aux semelles de vent
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L’homme aux semelles de vent : bien que cette expression fut employée par Verlaine à propos de son ami Arthur Rimbaud, c’est de notre frère Élie-Pascal Épinoux († 2008) que je l’entendis pour la première fois, pendant mon noviciat, à propos de saint Dominique… J’ai compris, depuis, combien cette expression sied à notre père et fondateur !

Lorsqu’on prononce le nom de François d’Assise, personne n’est surpris et même chacun, allant puiser dans sa mémoire le souvenir d’une lecture ou d’une peinture, d’une visite ou d’un pèlerinage, chacun peut dire quelque trait qui caractérise le saint, connu surtout pour avoir embrassé toute sa vie sœur pauvreté. En revanche, prononcer le nom de Dominique de Guzman, c’est provoquer au mieux une réaction vive, puisque c’est bien lui le fondateur de l’Inquisition… Non ? Sinon un haussement d’épaules, signe de l’ignorance de l’auditeur.

Mais qui donc est Dominique, le père des Prêcheurs ?

Cet Espagnol, grand et beau, à l’allure digne et droite, au visage rayonnant et coloré par le soleil de sa Castille natale, est un homme du Moyen Âge, un homme qui se consacra à Dieu et à son prochain avec un zèle particulier et un élan remarquable. Né vers 1170 dans le petit bourg de Caleruega, que l’on peut encore visiter aujourd’hui et où se dresse un majestueux couvent, Dominique prit très tôt la route pour aller se former, à Palencia, afin de devenir prêtre. Vers l’âge de 26 ans, il entra au chapitre d’Osma. En 1203, il accompagnait son évêque, Diègue, dans une mission royale (en vue d’organiser un mariage) dans le nord de l’Europe. Pour effectuer ce voyage long et difficile, Diègue et Dominique devaient passer par la région du Toulousain. C’est là qu’ils découvrirent l’hérésie cathare qui attirait, par sa radicalité, un grand nombre de fidèles dans ses rangs.
Au même moment, l’Église connaissait une crise importante, due notamment à un clergé qui se désintéressait du Peuple de Dieu et au mode de vie de beaucoup de religieux se préoccupant davantage de leurs biens que de ceux de la prière et du Ciel. Dès lors, Dominique eut au coeur le désir de ramener au bercail toutes les brebis égarées en choisissant un mode de vie s’inspirant de celui de la première communauté chrétienne (cf. Actes des Apôtres 2, 42-47). Nous pourrions ici continuer l’histoire de Dominique, mais il convient, afin de nous attacher à décrire le cœur de l’homme de Dieu, de renvoyer à la littérature qui détaille avec soin cette histoire : Marie-Humbert Vicaire, Histoire de saint Dominique – L’humanisme universel ; Georges Bernanos, saint Dominique*.

Dominique, homme de prière…

Reprenons donc afin de tracer une esquisse de ce qui remplissait le coeur de cet homme. Il consacrait ses nuits à Dieu… Il puisait-là, devant le Crucifix, les forces de l’Apôtre. Il communiait à la vie du Seigneur Jésus, faisant siennes ses paroles. À genoux, debout, ou totalement prostré, Dominique cherchait le visage du Christ auquel il désirait ressembler sans cesse davantage. Sa prière cherchait ainsi le Dieu qui seul peut mettre au coeur des hommes le désir du Salut pour tous les hommes.

Dominique, homme de miséricorde et de compassion…

Il consacrait ses jours au prochain… Sa prière se poursuivait : « Mon Dieu, ma miséricorde, que vont devenir les pécheurs ? », pour devenir une attention constante à ceux dont il croisait la route, ses frères. Brûlait ainsi en son coeur la « flamme apostolique ». Le saint homme recherchait en tout à transmettre le fruit de sa contemplation à ceux qui ignoraient encore le Christ. Il brûlait du désir pour le Salut des pécheurs, et son zèle le poussait à ne jamais se reposer pour cette œuvre que Dieu lui avait confiée. Il était un témoin vivant de la miséricorde de Dieu et « tout le monde l’aimait puisqu’il aimait tout le monde ». Tous ceux qui l’approchait et sur lesquels pesaient de nombreux maux « s’en revenaient consolés ». Dominique avait eu ce souci dans le coeur dès ces jeunes années. Il ne pouvait étudier alors que « des hommes mourraient de faim » !

Dominique, homme d’Église…

Lorsque son zèle et son mode de vie commencèrent à toucher le coeur de ces femmes cathares qui, se convertissant, allaient devenir les premières moniales, puis celui de ces hommes qui allaient s’attacher à lui, il eut au coeur le désir de fonder une communauté. Il le fit en soumettant son projet au Pape, en soumettant sa volonté à celle de Dieu qui se manifeste dans l’Église. Il allait ainsi fonder l’ordre des Prêcheurs, en fondant la première communauté de moniales à Prouilhe en 1207, puis les frères au printemps 1215. Dominique aimait l’Église et il souhaitait que tous ses frères et sœurs apprennent à « étudier sans relâche et à mourir pour la foi ». C’est ainsi qu’à la suite de Dominique, ils pouvaient trouver la force de leur prédication, au cœur de l’Église.

Dominique, homme des chemins…

Comme beaucoup de ses contemporains le saint homme voyageait à pied. Dominique a parcouru l’Europe, de l’Espagne à l’Italie, en passant par la France et la Dacie (actuel Danemark). Il cherchait à semer dans les cœurs, partout où il passait, la Parole de Dieu contenue dans l’Évangile. Il fondait et visitait les communautés de frères et de sœurs pour les encourager à vivre selon la règle de la première communauté chrétienne. En 1217, alors que le nombre de frères est encore très faible, il décide de les disperser en les envoyant dans les grandes villes universitaires d’Europe (Paris, Bologne, Rome et en Espagne) afin de fonder des couvents et de se former à la science théologique. En route avec ses compagnons, souvent fatigués et parfois quelque peu découragés, il les exhortait et les invitait à reprendre des forces en méditant la Passion de Jésus. « Pensons à notre Sauveur », les encourageait-il.

Dominique, l’homme aux semelles de vent…

Le saint, durant toute se vie, a survolé son siècle par une vie consacrée à propager la Parole de son Maître, à se donner pour aider au Salut de ses frères, à courir le vieux continent pour y répandre la bonne odeur du Christ par une vie droite, belle et bonne. Dominique était un homme joyeux malgré les pénitences très dures qu’il s’imposait sans toutefois jamais les imposer aux autres. Cette joie se manifestait en tout temps ; et notamment lorsqu’il pleuvait par le chant de l’Ave Maris Stella, et du Veni Creator Spiritus. Un jour, deux brigands ayant conçu le dessein de l’assassiner alors qu’il cheminait entre Prouilhe et Fanjeaux, se cachaient derrière quelque buisson, attendant pour réaliser leur méfait. Lui chantait comme à son habitude ; la beauté du chant et la joie qui se manifestait ainsi firent renoncer les deux hommes qui se convertirent aussitôt. Demeure aujourd’hui encore le souvenir de cet épisode marqué par la croix dite du Sicaire. Dominique était animé par l’amour de Dieu et du prochain, poussé par l’Esprit-Saint qui faisait de sa vie un vivant témoignage de la joie qui, déjà en ce monde, anime les bienheureux.

Dominique poursuivit sa course jusqu’au bout…

Il rendit son âme à Dieu, épuisé, ayant ainsi tout donné à son Seigneur et à son prochain, le 6 août 1221 à Bologne. Il avait souhaité reposé « sous les pieds de ses frères », leur promettant, en rendant son dernier souffle, de leur être plus utile au Ciel que sur terre. Son corps est ainsi vénéré en l’église du couvent des dominicains de Bologne. Il fut canonisé en 1234.

Saint Dominique, père des Prêcheurs, n’a rien laissé en ce monde d’autre que le témoignage d’un grand prédicateur de l’Évangile du salut et son Ordre… Il manifesta ainsi sa grande humilité. L’ordre des Prêcheurs est une grande famille dont les membres cherchent à poursuivre le dessein de leur fondateur, à la suite du Christ. Frères et moniales sont organiquement liés les uns aux autres, avec les sœurs apostoliques et les laïcs dominicains, ils forment une grande couronne entourant le monde pour semer la Parole dans le cœur de ceux à qui ils sont envoyés…

*Toutes les citations proviennent des ouvrages du P. M.-H. Vicaire, o.p. rassemblant l’ensemble des textes du XIIIe siècle : Saint Dominique et ses frères, Évangile ou croisade ?, Éditions du Cerf, Paris 1965, et Saint Dominique, la vie apostolique, Éditions du Cerf, Paris 1965.

Fr Laurent Tarel op

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Saint Dominique, l’homme aux semelles de vent

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Saint Dominique, l’homme aux semelles de vent
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L’homme aux semelles de vent : bien que cette expression fut employée par Verlaine à propos de son ami Arthur Rimbaud, c’est de notre frère Élie-Pascal Épinoux († 2008) que je l’entendis pour la première fois, pendant mon noviciat, à propos de saint Dominique… J’ai compris, depuis, combien cette expression sied à notre père et fondateur !

Lorsqu’on prononce le nom de François d’Assise, personne n’est surpris et même chacun, allant puiser dans sa mémoire le souvenir d’une lecture ou d’une peinture, d’une visite ou d’un pèlerinage, chacun peut dire quelque trait qui caractérise le saint, connu surtout pour avoir embrassé toute sa vie sœur pauvreté. En revanche, prononcer le nom de Dominique de Guzman, c’est provoquer au mieux une réaction vive, puisque c’est bien lui le fondateur de l’Inquisition… Non ? Sinon un haussement d’épaules, signe de l’ignorance de l’auditeur.

Mais qui donc est Dominique, le père des Prêcheurs ?

Cet Espagnol, grand et beau, à l’allure digne et droite, au visage rayonnant et coloré par le soleil de sa Castille natale, est un homme du Moyen Âge, un homme qui se consacra à Dieu et à son prochain avec un zèle particulier et un élan remarquable. Né vers 1170 dans le petit bourg de Caleruega, que l’on peut encore visiter aujourd’hui et où se dresse un majestueux couvent, Dominique prit très tôt la route pour aller se former, à Palencia, afin de devenir prêtre. Vers l’âge de 26 ans, il entra au chapitre d’Osma. En 1203, il accompagnait son évêque, Diègue, dans une mission royale (en vue d’organiser un mariage) dans le nord de l’Europe. Pour effectuer ce voyage long et difficile, Diègue et Dominique devaient passer par la région du Toulousain. C’est là qu’ils découvrirent l’hérésie cathare qui attirait, par sa radicalité, un grand nombre de fidèles dans ses rangs.
Au même moment, l’Église connaissait une crise importante, due notamment à un clergé qui se désintéressait du Peuple de Dieu et au mode de vie de beaucoup de religieux se préoccupant davantage de leurs biens que de ceux de la prière et du Ciel. Dès lors, Dominique eut au coeur le désir de ramener au bercail toutes les brebis égarées en choisissant un mode de vie s’inspirant de celui de la première communauté chrétienne (cf. Actes des Apôtres 2, 42-47). Nous pourrions ici continuer l’histoire de Dominique, mais il convient, afin de nous attacher à décrire le cœur de l’homme de Dieu, de renvoyer à la littérature qui détaille avec soin cette histoire : Marie-Humbert Vicaire, Histoire de saint Dominique – L’humanisme universel ; Georges Bernanos, saint Dominique*.

Dominique, homme de prière…

Reprenons donc afin de tracer une esquisse de ce qui remplissait le coeur de cet homme. Il consacrait ses nuits à Dieu… Il puisait-là, devant le Crucifix, les forces de l’Apôtre. Il communiait à la vie du Seigneur Jésus, faisant siennes ses paroles. À genoux, debout, ou totalement prostré, Dominique cherchait le visage du Christ auquel il désirait ressembler sans cesse davantage. Sa prière cherchait ainsi le Dieu qui seul peut mettre au coeur des hommes le désir du Salut pour tous les hommes.

Dominique, homme de miséricorde et de compassion…

Il consacrait ses jours au prochain… Sa prière se poursuivait : « Mon Dieu, ma miséricorde, que vont devenir les pécheurs ? », pour devenir une attention constante à ceux dont il croisait la route, ses frères. Brûlait ainsi en son coeur la « flamme apostolique ». Le saint homme recherchait en tout à transmettre le fruit de sa contemplation à ceux qui ignoraient encore le Christ. Il brûlait du désir pour le Salut des pécheurs, et son zèle le poussait à ne jamais se reposer pour cette œuvre que Dieu lui avait confiée. Il était un témoin vivant de la miséricorde de Dieu et « tout le monde l’aimait puisqu’il aimait tout le monde ». Tous ceux qui l’approchait et sur lesquels pesaient de nombreux maux « s’en revenaient consolés ». Dominique avait eu ce souci dans le coeur dès ces jeunes années. Il ne pouvait étudier alors que « des hommes mourraient de faim » !

Dominique, homme d’Église…

Lorsque son zèle et son mode de vie commencèrent à toucher le coeur de ces femmes cathares qui, se convertissant, allaient devenir les premières moniales, puis celui de ces hommes qui allaient s’attacher à lui, il eut au coeur le désir de fonder une communauté. Il le fit en soumettant son projet au Pape, en soumettant sa volonté à celle de Dieu qui se manifeste dans l’Église. Il allait ainsi fonder l’ordre des Prêcheurs, en fondant la première communauté de moniales à Prouilhe en 1207, puis les frères au printemps 1215. Dominique aimait l’Église et il souhaitait que tous ses frères et sœurs apprennent à « étudier sans relâche et à mourir pour la foi ». C’est ainsi qu’à la suite de Dominique, ils pouvaient trouver la force de leur prédication, au cœur de l’Église.

Dominique, homme des chemins…

Comme beaucoup de ses contemporains le saint homme voyageait à pied. Dominique a parcouru l’Europe, de l’Espagne à l’Italie, en passant par la France et la Dacie (actuel Danemark). Il cherchait à semer dans les cœurs, partout où il passait, la Parole de Dieu contenue dans l’Évangile. Il fondait et visitait les communautés de frères et de sœurs pour les encourager à vivre selon la règle de la première communauté chrétienne. En 1217, alors que le nombre de frères est encore très faible, il décide de les disperser en les envoyant dans les grandes villes universitaires d’Europe (Paris, Bologne, Rome et en Espagne) afin de fonder des couvents et de se former à la science théologique. En route avec ses compagnons, souvent fatigués et parfois quelque peu découragés, il les exhortait et les invitait à reprendre des forces en méditant la Passion de Jésus. « Pensons à notre Sauveur », les encourageait-il.

Dominique, l’homme aux semelles de vent…

Le saint, durant toute se vie, a survolé son siècle par une vie consacrée à propager la Parole de son Maître, à se donner pour aider au Salut de ses frères, à courir le vieux continent pour y répandre la bonne odeur du Christ par une vie droite, belle et bonne. Dominique était un homme joyeux malgré les pénitences très dures qu’il s’imposait sans toutefois jamais les imposer aux autres. Cette joie se manifestait en tout temps ; et notamment lorsqu’il pleuvait par le chant de l’Ave Maris Stella, et du Veni Creator Spiritus. Un jour, deux brigands ayant conçu le dessein de l’assassiner alors qu’il cheminait entre Prouilhe et Fanjeaux, se cachaient derrière quelque buisson, attendant pour réaliser leur méfait. Lui chantait comme à son habitude ; la beauté du chant et la joie qui se manifestait ainsi firent renoncer les deux hommes qui se convertirent aussitôt. Demeure aujourd’hui encore le souvenir de cet épisode marqué par la croix dite du Sicaire. Dominique était animé par l’amour de Dieu et du prochain, poussé par l’Esprit-Saint qui faisait de sa vie un vivant témoignage de la joie qui, déjà en ce monde, anime les bienheureux.

Dominique poursuivit sa course jusqu’au bout…

Il rendit son âme à Dieu, épuisé, ayant ainsi tout donné à son Seigneur et à son prochain, le 6 août 1221 à Bologne. Il avait souhaité reposé « sous les pieds de ses frères », leur promettant, en rendant son dernier souffle, de leur être plus utile au Ciel que sur terre. Son corps est ainsi vénéré en l’église du couvent des dominicains de Bologne. Il fut canonisé en 1234.

Saint Dominique, père des Prêcheurs, n’a rien laissé en ce monde d’autre que le témoignage d’un grand prédicateur de l’Évangile du salut et son Ordre… Il manifesta ainsi sa grande humilité. L’ordre des Prêcheurs est une grande famille dont les membres cherchent à poursuivre le dessein de leur fondateur, à la suite du Christ. Frères et moniales sont organiquement liés les uns aux autres, avec les sœurs apostoliques et les laïcs dominicains, ils forment une grande couronne entourant le monde pour semer la Parole dans le cœur de ceux à qui ils sont envoyés…

*Toutes les citations proviennent des ouvrages du P. M.-H. Vicaire, o.p. rassemblant l’ensemble des textes du XIIIe siècle : Saint Dominique et ses frères, Évangile ou croisade ?, Éditions du Cerf, Paris 1965, et Saint Dominique, la vie apostolique, Éditions du Cerf, Paris 1965.

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